RÉSURRECTION, SURVIVANCE ET
ANACHRONISME
Adrien Giraud
[Biographie]
Actuellement candidat à la maîtrise en histoire de l’art à l’UQAM, Adrien Giraud voue un grand intérêt à l’histoire de la photographie, discipline qu’il pratique également à temps perdu. Son mémoire porte sur le changement paradigmatique introduit par les images issues de l’intelligence artificielle générative. Il croit en e"et que nous nous retrouvons à l’aube d’un nouveau régime où les critères de vérité de l’image dans sa globalité sont profondément remis en cause, et qu’il est nécessaire de repenser notre rapport au visuel au sens large.
Communément définie comme un retour de la mort à la vie, la résurrection implique la continuité et l’intégrité retrouvée de ce qui avait disparu. Appliquée à l’histoire de l’art, une telle définition peut susciter certains questionnements. Une œuvre, un·e artiste ou une pensée peuvent-ils réellement «mourir» au sens strict ?
Si tel est le cas, que désigne alors leur prétendue résurrection, un «simple» retour à la vie ? Aurions-nous plutôt affaire à une reconfiguration tardive de leur visibilité et de leur légitimité ? À travers une telle perspective, la résurrection paraît moins relever d’un retour à la vie que d’un processus de relecture et de réinscription, par lequel le présent conférerait à certaines œuvres une nouvelle intelligibilité.
Les phénomènes de redécouverte, de réhabilitation ou de reconnaissance posthume peuvent être décrits comme des résurrections, au sens où les œuvres longtemps marginalisées ou ignorées accèdent enfin à une reconnaissance institutionnelle. Pourtant, cette lecture masque une réalité plus complexe, car ces œuvres réapparaissent généralement dans des cadres conceptuels, esthétiques et historiographiques qui ne sont plus ceux de leur production. Leur reconnaissance tardive ne constitue donc pas un retour à un état originel, mais une réinscription dans des régimes de visibilité renouvelés, qui conditionnent les formes de leur réception. La question de l’anachronisme — décalage entre le moment où survient un fait et le moment où il devrait ou aurait dû se produire — devient alors centrale : ce qui est reconnu tardivement n’est jamais simplement retrouvé, mais...