DE LA MORTALITÉ À LA NAISSANCE : L’ART
D’ABORDER LE CYCLE DE LA VIE
Anouk Elias-Pinsonnault
[Biographie]
Anouk Elias-Pinsonnault est étudiante à la maîtrise en histoire de l’art. Après avoir complété son baccalauréat à l’Université de Montréal, elle poursuit ses études à l’UQAM afin de travailler sous la direction de la professeure Ève Lamoureux, notamment spécialisée en anthropologie de l’art et en art engagé. Les recherches de l’étudiante portent sur l’art dans le contexte de la crise climatique, avec une approche anthropologique issue des humanités environnementales.
A troubling number of visitors go out of their way to
tell Lu she is doing the wrong thing by erasing her work. When
they do, she politely suggests that they’re proving her point,
that there’s a $ne line between human endeavour and human
exceptionalism, and the latter is what got us into this mess
to begin with. Whether they get it, or they gripe, it’s the act of
erasing that prompts the greatest engagement.1
En 2019, Lucienne Rickard, artiste visuelle australienne, entame une performance qui lui vaudra aujourd’hui sa renommée internationale. Son œuvre, qu’elle nomme Extinction Studies (1re édition 2019-2021, 2e édition 2022-2023), consiste à dessiner durant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, des espèces animales ou végétales en voie d’extinction. Arrivée au terme d’un dessin, Lucienne Rickard rassemble un public pour lui présenter l’espèce illustrée, puis efface d’un geste vif et imprécis les milliers de traits minutieux au crayon de plomb. L’effacement dicte la fin du cycle, symbolise l’extinction imminente de l’espèce dessinée, et permet à l’artiste de donner naissance à une nouvelle espèce sur la feuille à nouveau vierge. Elle sélectionne les espèces à partir de la Red List of Threatened Species, une liste officielle utilisée mondialement par les spécialistes pour nommer et quantifier le phénomène de la sixième extinction de masse.2 Rickard matérialise cette liste durant plusieurs mois, rendant hommage aux espèces qui y figurent par milliers. Le moment de destruction devient cérémoniel, faisant de l’intensité émotionnelle de l’effacement le catalyseur de sa performance. Pourquoi l’acte de destruction génère-t-il autant d’engouement ?
En me penchant sur son efficacité artistique, j’explorerai tout au long de cet article la charge affective et la violence traumatique du cycle entre mort et natalité. Le tout sera traversé par une question persistante : l’art contemporain peut-il porter le deuil climatique ? Pour un plaidoyer de la destruction Grâce au médium de la performance, Lucienne Rickard
met en scène un processus : aucun résultat n’est ...