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CAIRNS ET CEMPASÙCHIL

Elisabeth Denis​

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[Biographie]

Élisabeth Denis est une artiste multidisciplinaire dont la pratique comprend l’écriture, la photographie, le #lm et la performance, avec une attention particulière aux esthétiques relationnelles et à l’activation de la mémoire par l’espace. Son travail photographique a fait l’objet d’une exposition publique d’un an (2024–2025) au Parc de la Coulée-Verte à Saint-Lambert, et ses œuvres ont été présentées dans divers contextes internationaux. Elle a été sélectionnée en résidence à ARCUS Ibaraki Research Center au Japon, à Can Serrat et au Rocaberti Writers Retreat en Espagne, et invitée par le Marina Abramović Institute en Grèce ainsi qu’à la Foire internationale du livre de La Havane. Ses textes ont été publiés dans Local RAG, Raglan Chronicle, Owl Anthology, Deeper Japan et le New Zealand Herald, et son travail a été mentionné à Radio New Zealand (Culture 101). Son jeu d’art interactif Scallop Eyes est distribué par le Musée des beaux-arts du Canada, le Musée national des beaux-arts du Québec, le Musée des beaux-arts de Montréal et l’Art Gallery of Ontario.

Il y a deux ans, j’entrais dans la maison d’Emilio Fernández pour explorer la demeure comme outil de résurrection, et la résurrection comme méthode artistique. C’était à Mexico, dans le quartier de Coyoacán.

 

L’idée ne m’est pas apparue soudainement. Depuis plusieurs années, il m’arrive de me rendre devant les maisons d’artistes et d’intellectuel·le·s pour qui j’ai beaucoup d’affection, des gens qui ont tous maintenant disparu. Il existe chez moi une forme d’attachement qui, lors de mes voyages, me pousse à rechercher les lieux où ces gens ont vécu. Je m’y rends sans savoir exactement ce que j’attends, sinon qu’il advienne quelque chose. Une rencontre, peut-être. Quelques mots. L’apparition d’un animal. Un événement.

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La première visite remonte à celle de la maison de Leonard Cohen, près du parc du Portugal à Montréal. C’était un jour d’été. Devant les marches de sa demeure, j’ai découvert de petites montagnes de pierres empilées en forme de pyramide. On appelle ces structures des cairns. Elles servent en randonnée à indiquer un chemin lorsque le sentier disparaît. Mais vers quoi orientaient-elles ici ? Cohen n’était plus là. Je n’ai jamais osé frapper à la porte. Je regardais les fenêtres en m’interrogeant, j’avais l’impression que quelqu’un allait ouvrir la porte subitement. Mais qu’est-ce que j’allais raconter ? Autrement, il m’est arrivé d’aller rejoindre Lhasa de Sela au cimetière, et j’ai retrouvé l’appartement de Nelly Arcan et d’André Fortin. Il ne s’est rien passé. Plus tard, en Italie, une comtesse rencontrée par hasard m’a envoyée chez une amie, une princesse, propriétaire du Château de Duino, où Rainer Maria Rilke rédigeait les Élégies de Duino. Je suis entrée dans ce qui fut son bureau, puis sur la terrasse où il écrivait. Je n’y ai rien trouvé et je suis partie le cœur vif, d’un bon vif, comme si j’avais obtenu quelque chose. Ensuite vinrent l’appartement de Roberto Bolaño à Barcelone, la maison de...

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