HORREUR AU JARDIN: POURQUOI EX_SITU
REFUSE DE MOURIR PROPREMENT
Emma Morselli
[Biographie]
Emma Morselli est titulaire d’une maîtrise en arts et culture (spécialisation en histoire de l’art contemporain) de l’université Vrije d’Amsterdam. Ses recherches antérieures ont majoritairement exploré la performance, les pratiques in situ et l’art immersif sous des angles socioculturels. Aujourd’hui, elle écrit avec l’intention de rapprocher les artistes et les publics, tout en s’efforçant de donner du plaisir à l’écriture et à la lecture sur l’art. Elle souhaite transformer la critique en un espace ludique pour les lecteurs, explorant comment l’art nous permet de connecter et de mieux nous comprendre.
On nous a menti sur le printemps. On nous l’a vendu comme un beau réveil bucolique, plein de pétales et de bourdons qui nous annoncent avec douceur et politesse la fin des frimas. Mais ce qui se joue réellement, c’est du pollen dans les yeux, de la boue sur les bottes et des craques sur le trottoir. Donc, soyons honnêtes : pourquoi la résurrection refuse-t-elle de laisser la terre tranquille ? Pourquoi cet entêtement à vouloir tout recommencer ?
Si on le regarde de plus près, avec juste assez de paranoïa, le printemps, et toute la résurrection qu’il entraîne, est une invasion. Le printemps arrive sans permission et déborde de sols encore gelés. Il fait de son possible pour imposer sa présence. Bref, il ne revient pas d’entre les morts pour plaire, il revient parce que, comme Audrey II, personnage du film Little Shop of Horrors (1986), il a une faim que seul le vivant peut rassasier. Son cycle recommence, ses spores sont lâchées, fermez vos fenêtres, parce que je propose de saboter toute joyeuseté entourant la résurrection. Mon argument est simple : la résurrection est une infection qui refuse de rester enterrée une fois pour toutes. Pour comprendre l’horreur de la résurrection, il faut d’abord se défaire de l’idée que ce qui revient est identique à ce qui est parti. Dans l’imaginaire de la résurrection «propre», on imagine un retour à l’état initial (ou mieux encore), mais c’est une erreur que le romantisme et tout son romantique nous ont laissé croire. La résurrection «propre» n’existe pas. C’est un fantasme de taxidermiste qui essaie de nous faire croire que le passage par la mort n’altère rien, comme s’il était possible de suspendre la décomposition et de revenir sans traces, sans odeurs, sans pertes et...