RÉSURRECTION, LA PASSION DU QUÉBEC
Simon Beaudry
[Biographie]
Simon Beaudry est un artiste transdisciplinaire qui vit et travaille à Montréal et à Trois-Pistoles. Il est diplômé d’une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal. Sa démarche artistique fabrique le pays du Québec par l’art, à défaut qu’il se fasse politiquement. À travers ses œuvres, il interroge l’identité québécoise afin d’en réinventer, transformer ou en critiquer les fragments constitutifs — une identité toujours mouvante, à la fois collective et intime. La prise de liberté est au cœur de sa pratique. Elle se manifeste par des œuvres engagées et inclusives qui remettent en question les conventions et les limites, qu’elles soient sociales ou politiques. Initialement composées d’images et d’objets destinés aux espaces institutionnels et aux centres d’art, ses œuvres ont progressivement évolué vers des performances d’art-action et des installations s’immisçant dans l’espace public. Chacune de ses œuvres forme le chemin qu’il trace vers le pays qu’il construit. Depuis 2012, Simon Beaudry a présenté plus de 20 expositions solos, participé à autant d’expositions collectives et déployé au-delà de 50 œuvres en performance dans l’espace public.
Dans la tradition chrétienne, la résurrection désigne la transformation de la mort en la vie. La mort ne représente alors pas la fin du cycle, mais plutôt une étape de transition ou de transformation. La résurrection est donc une accession à une « seconde » vie après la mort, et la vie sur Terre n’y apparaît que comme une étape précédant une autre forme d’existence ailleurs. Mon projet Résurrection (2023) transpose cette métaphore au récit national québécois. L’exposition, présentée au centre culturel Henri-Lemieux à LaSalle et en version performative sur la Place des Festivals de Montréal lors de l’événement Cuisine ta ville de l’ATSA, propose d’envisager l’histoire du Québec comme celle de la Passion du Christ : une succession d’épreuves, de fractures et de moments critiques conduisant vers une mort symbolique. Cette mort, celle du Québec-province, n’est toutefois pas conçue comme une disparition, mais comme un moment de transformation possible. Elle ouvre l’idée hypothétique d’une résurrection politique : celle d’un Québec devenu pays.
Le projet s’inscrit ainsi dans un champ de réflexion où l’art agit comme dispositif critique, capable de reconfigurer les récits collectifs et d’interroger notre imaginaire politique. La Passion comme structure narrative L’analogie entre le chemin de croix du Christ et le parcours historique du Québec s’appuie sur un fait culturel déterminant : l’importance historique du catholicisme dans la formation de l’identité québécoise. Même si notre société s’est largement sécularisée depuis la Révolution tranquille, les formes symboliques issues de cette tradition continuent d’imprégner l’imaginaire collectif. Dans le projet Résurrection, l’histoire nationale est reconfigurée selon la structure d’un chemin de croix. Chaque étape de ce parcours est représentée par une image qui correspond à un événement...