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DESSINER DANS L’APRÈS : LENTEUR,
FRAGMENTS ET PERSISTANCE

Tristan O’Malley​

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[Biographie]

Artiste et chercheur en arts visuels, Tristan O’Malley développe une pratique interdisciplinaire à la croisée du dessin et de la sculpture. Son travail explore les relations entre corps, mémoire et altération à partir d’une approche de recherche-création, marquée par
l’expérience d’un accident vasculaire cérébral et la neurodivergence. Sa démarche interroge les notions de résurrection, de survivance et de recomposition, en dialogue avec les théories contemporaines du corps. Il poursuit actuellement des recherches en histoire de l’art et en arts visuels à l’Université du Québec à Montréal.

Ma pratique du dessin s’inscrit aujourd’hui dans un rapport au corps profondément transformé par l’expérience d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Cet événement a introduit une rupture dans la continuité de mes gestes et dans la confiance que j’accordais auparavant à ma main comme vecteur stable de production d’images. Reprendre le dessin ne signifiait pas retrouver une habileté antérieure, mais accepter un autre rythme, une autre précision, une autre écoute du corps.
Aujourd’hui, dessiner est devenu moins une compétence qu’une négociation quotidienne avec la fatigue, la mémoire et l’attention. Cette transformation m’a amené à repenser ma pratique autour de trois dimensions qui structurent désormais mon travail : la lenteur, les fragments et la persistance.
 

La lenteur


La lenteur constitue désormais une dimension centrale de ma pratique. Là où le dessin pouvait autrefois être associé à la spontanéité ou à la rapidité du trait, il est maintenant devenu un espace d’attention prolongée.

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Tracer une ligne demande parfois plusieurs reprises ; la forme apparaît à travers l’accumulation de gestes partiels plutôt que par un geste unique et affirmé. Cette répétition produit une stratification visible à la surface du dessin. Les lignes se chevauchent, se corrigent et se densifient, laissant apparaître l’histoire du geste. Le dessin conserve ainsi la mémoire de son élaboration et rend perceptible le temps nécessaire à l’émergence de l’image.

Le tremblement ou l’irrégularité de la ligne produite par ma main ne sont plus effacés. Au contraire, ils deviennent des qualités plastiques qui témoignent de la présence de mon corps dans l’acte de dessiner. La répétition agit aussi comme une forme de stabilisation : revenir au même motif ou au même mouvement permet de maintenir une continuité malgré l’instabilité perceptive. Le dessin...

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