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RÉSURGENCE ÉPISTÉMOLOGIQUE :
L’AGENTIVITÉ DE LA FLORE DANS
L’UNIVERS PICTURAL DE KENT MONKMAN

Virginie Crête​

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[Biographie]

Virginie Crête a commencé sa carrière professionnelle comme patronnière dans le domaine de la mode avant de poursuivre des études en arts visuels à l’UQAM. Sa pratique s’est ensuite déployée entre l’atelier, comme artiste céramiste, et un jardin de plantes médicinales, où elle a travaillé comme horticultrice durant plusieurs années. En 2022, elle a entrepris un retour aux études afin de réaliser un baccalauréat en histoire de l’art à l’UQAM. Actuellement à la maîtrise en histoire de l’art avec une concentration en études féministes, ses recherches portent sur les œuvres et les pratiques textiles liées à la commémoration et au deuil. En portant la mémoire de personnes et de communautés historiquement privées de reconnaissance, et parfois même de deuil, ces œuvres agissent comme des contre-archives qui remettent en question les récits dominants ainsi que les cadres traditionnels du patrimoine culturel et de la mémoire collective.

C’est en visitant à de nombreuses reprises l’exposition L’histoire est dépeinte par les vainqueurs de Kent Monkman, présentée au Musée des beaux-arts de Montréal du 27 septembre 2025 au 8 mars 2026, que m’est venu cet élan d’écriture pour l’article suivant. À travers ses peintures monumentales, Monkman, artiste cri né au Manitoba et membre de la nation ocêkwi sîpiy,1 détourne les codes visuels de la peinture d’histoire afin d’en proposer un contre-récit. Au-delà de cette rencontre tant attendue avec les œuvres de Kent Monkman, c’est la présence manifeste de la flore sauvage qui s’est imposée à mes yeux comme une évidence.


Dans cet article, il s’agira de penser, à partir de l’œuvre picturale de Monkman, l’agentivité du vivant végétal comme étant une forme de résurgence épistémologique. En ce sens, les connaissances autochtones liées au territoire et à l’écologie deviennent des savoirs légitimes, capables de troubler les logiques coloniales de classification, d’effacement et de domination. Cette perspective exige un déplacement : je propose de tourner le regard vers la flore, que je considère comme une actrice du récit, qui participe à réinventer les hiérarchies du savoir et à une reconnaissance
du vivant comme étant porteur de mémoire et d’agentivité.

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Le renversement du paysage colonial


Dans plusieurs de ses œuvres, Kent Monkman mobilise la citation visuelle pour critiquer et se réapproprier les représentations fantasmées du territoire qui ont longtemps incarné la peinture de paysage occidentale. En reprenant notamment les œuvres de l’artiste américain Albert Bierstadt, célèbre pour ses représentations d’une nature sauvage et vierge, Monkman met en lumière l’imaginaire colonial qui sous-tend ces images : celui d’un territoire attendant passivement d’être dominé par les civilisations européennes.

 

Si Kent Monkman opère un renversement en introduisant la figure anachronique de Miss Chief Eagle Testickle, son alter ego qui incarne un Trickster2 bispirituel, ou encore des Autochtones venant déjouer l’effacement de l’histoire coloniale, il attribue également...

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